Entretien avec Sefiane Hasnaoui, Directeur général de Nissan Algérie et président de l’AC2A « L’AC2A, un véritable partenaire des pouvoirs publics »


Qui mieux que le président de l’association des concessionnaires automobile AC2A, pour nous parler de la crise que traverse le secteur ? Sefiane Hasnaoui, a bien voulu nous recevoir et sans retenue, mais avec beaucoup de sagesse, nous a livré ses réponses.

 

 


En tant que président de l’association des concessionnaires automobile, quel est le sentiment qui vous anime avec les derniers développements qu’a connu votre profession ?

Depuis 2015, notre pays s’est orienté vers la mise à jour de ses textes et de ses lois par la mise en œuvre d’un nouveau cahier des charges et aussi par l’instauration, cette année, de licences et de quotas. Dès lors que le cadre législatif a été modifié, il est normal et légitime que l’ensemble des processus dans le cadre des importations soit aligné.  Cela a été fait dans le souci de permettre une réduction de la facture des importations, dont notre activité de concessionnaires automobile prend une part non négligeable. Pour nous AC2A, il est donc normal que l’on s’adapte à cette nouvelle donne avec la volonté de se conformer à la loi. Je ne suis vraiment pas choqué ou interloqué par les dispositions qui ont été prises, car pour nous,  il s’agit aussi en tant qu’opérateurs économiques et en tant que citoyens, d’être solidaire avec l’action gouvernementale. Sur ce point de la législation, il n’y a pas de débat à avoir. Dans cette optique, si le volume de 152 000 unités a été choisi, cela veut dire qu’il correspond à la capacité financière du pays pour un temps donné, afin de préserver l’intégrité de l’économie nationale et de préserver aussi les autres secteurs économiques. Il faut une solidarité avec les autres secteurs et il faut une solidarité nationale en tant que citoyens. C’est dans cette perspective que nous sommes inscrits et pour laquelle nous œuvrons. Par ailleurs, et ce n’est pas négligeable, aujourd’hui on doit se féliciter d’avoir enfin une visibilité en termes de volumes et de process et surtout une transparence dans le process des licences et des quotas. Comment cela sera-t-il établi ? Honnêtement, il est difficile de répondre à cette question, je note seulement que par exemple, l’année 2015 a été fortement bouleversée et la règle de la concurrence n’a pas été stable et respectée. Au sein de l’AC2A, nous avons une proposition et nous pensons qu’il serait judicieux de tenir compte des volumes de vente qui sont représentatifs de la vraie performance commerciale, mais sur une période de trois années sur laquelle sera calculée une moyenne qui tiendrait compte de l’ensemble des marques, même celles qui font 1500 à 2000 unités par an. Je reconnais que cela est loin d’être facile à mettre en place, mais il faut aussi préserver l’équilibre du marché et observer qu’il y a nécessité de dialogue afin que les intérêts des uns et des autres soient sauvegardés. Il y a une nécessité à trouver un équilibre qui permette à chacun des professionnels de pouvoir poursuivre son activité. Les pouvoirs publics sont dans un processus de récolte d’information et après le 03 Février, je pense que les choses seront plus claires.

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Oui mais ne pensez-vous pas que la crise actuelle a déjà eu de graves conséquences, notamment sur l’emploi, puisque des concessionnaires ont déjà procéder à des licenciements et la remise en question du développement de leurs réseaux respectifs ?

Effectivement, et vous avez raison de souligner cela. Ce que je peux vous dire, c’est qu’au niveau de l’AC2A, la question de la pérennité de l’activité de la distribution automobile et celle des agents des réseaux est au cœur de nos préoccupations. Installer un réseau, le développer et l’enrichir, nécessite des efforts considérables et des sacrifices énormes. C’est un travail de longue haleine. Aujourd’hui, nous sommes face au risque de voir apparaitre un appauvrissement du service au client. Ce risque est réel et grave au regard des difficultés que nous connaissons. Je ne souhaite nullement remettre en question le cadre réglementaire qui nous oblige à être présents sur l’ensemble du territoire national. Néanmoins, je souhaite alerter sur ces risques car nous sommes des opérateurs économiques qui assurons une véritable redistribution des richesses par le versement de la TAP, nous assurons aussi la collecte des taxes en assumant notre rôle de relais vers l’administration sur l’ensemble du territoire national, avec une traçabilité exceptionnelle. Nous sommes donc de véritables partenaires des pouvoirs publics. Par ailleurs, nous sommes aussi une véritable force de proposition sans pour autant avoir de légitimité à interférer sur les décisions des pouvoirs publics. Nous connaissons notre métier et nous souhaitons que cette collaboration avec les autorités se poursuive avec le maximum d’anticipation.

Selon mes informations, il semblerait que l’AC2A que vous présidez, prépare sa mue avec la refonte de ses statuts, l’intégration de nouveaux membres et aussi changer son nom. Vous confirmez ?

 Aujourd’hui, avec les évolutions que nous connaissons, il y a la question de forme et la question de fond. Notre volonté d’accompagner les pouvoirs publics dans le processus d’industrialisation décidé ces derniers temps, l’orientation donné aux concessionnaires automobiles de s’investir dans cette industrialisation dont le début de concrétisation a été réalisé par Renault qui a été la première marque à mettre en œuvre une unité de montage de véhicule particuliers ainsi que la volonté affichée par d’autre marques, chinoise et sud-coréenne, qui viennent d’annoncer l’implantation d’unités de montage de véhicules utilitaires ainsi que les projets annoncés par Peugeot, Fiat et Nissan et d’autres encore, nous a obligé à revoir le statut de notre association pour aller vers davantage d’ouverture, pour être plus conforme à la nouvelle situation qui prévaut depuis quelques temps. Cette évolution rapide nous oblige à réorienter les statuts de l’AC2A vers la nécessité d’assumer sa fonction industrielle. Pour nous, nous sommes maintenant à l’an 1 d’une véritable volonté d’industrialisation. Les projets déclarés et en voie de réalisation nous obligent, nous concessionnaires automobiles, à jouer notre rôle d’investisseurs et de force de proposition entre les pouvoirs publics et les constructeurs que nous représentons. Le but consiste à arriver au développement de l’économie nationale et à doter notre pays d’un tissu industriel à même de permettre des débouchés à l’emploi, la création de richesse et sortir de la dépendance des énergies fossiles.

Peut-on dire aujourd’hui que l’AC2A est prête à accueillir les représentants des marques chinoises en tant que membre à part entière ?

Il n’y a aucune ségrégation qui soit acceptable d’être exprimée au sein de l’AC2A sous des prétextes d’origine sur la marque ou de son représentant. Cette position a toujours été la mienne depuis la création de l’AC2A. De mon point de vue, le seul élément qui doit être pris en compte pour décider de l’adhésion ou non d’un concessionnaire qui manifeste son désir d’être membre de notre association, reste le cadre légal. Cela veut dire que si le concessionnaire en question dispose de son agrément et qu’il signe la charte de déontologie de l’association, alors il n’y a aucun empêchement pour qu’il puisse adhérer et devenir membre à part entière.

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Concernant la 19ème édition du salon d’Alger, vous avez tenu ces derniers jours une réunion avec la direction de la Safex. Quelle est la décision prise concernant la tenue ou non de cette édition ?

Effectivement, j’ai rencontré le directeur général de la Safex et nous avons évoqué le sujet du 19 ème salon d’Alger alors que bon nombre de concessionnaires sont dans le doute en raison du manque de visibilité et du risque d’arriver au salon sans stock. D’un autre côté, il est difficile de parler de report de cette manifestation, en raison de la proximité de la date de sa tenue. Nous sommes quand même à deux mois du Salon et la Safex a aussi ses propres contraintes, en termes de planning et d’organisation. Nous avons échangé nos points de vue en toute transparence et ce que je peux dire aujourd’hui concernant les membres de l’AC2A, c’est que chaque responsable de marque est libre de décider si oui ou non il participe au salon.

Nous ne terminerons pas cet entretien sans parler de Nissan, serez-vous présent au salon ? Si oui, avec quels objectifs ?

Oui sans aucun doute, Nissan sera bel et bien au prochain salon d’Alger. Je vous rappel que l’histoire que nous partageons avec la Safex remonte à plus de 30 ans. Le groupe Hasnaoui et Nissan Algérie ont toujours prit part aux événements majeurs de la Safex tels que la foire internationale et le salon de l’automobile. Cette année, malgré une conjoncture difficile, Nissan Algérie respectera cette tradition et sera présente au salon même si nous manquons, comme tous les autres concessionnaires, de visibilité quant à la disponibilité de nos modèles. Néanmoins et pour être complet, nous saisirons cette occasion pour exposer des concepts cars, afin que le grand public puisse apprécier le savoir faire et la maitrise technologique de Nissan. Il est vrai que par tradition, le salon d’Alger reste un salon de vente, mais dans les circonstances que tout le monde connait, et en l’absence de nouveautés, nous pensons que c’est l’occasion  d’étaler les aptitudes technologiques et les valeurs de la marque. C’est aussi une façon de valoriser cette manifestation et en même temps la marque Nissan.

Que pouvez-vous nous dire aujourd’hui sur le projet industriel de Nissan Algérie?

Il est encore trop tôt pour aborder ce sujet car nous sommes encore en phase d’étude. Ce que je peux vous dire, c’est que notre ambition est d’arriver à produire quatre modèles différents. Il s’agit de modèles de différents segments, un SUV, deux utilitaires et une citadine. 


Razmjena

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