Hyundai-KIA : Quelles perspectives sur le marché algérien ?


22-01-2021

Alors que des pré-agréments sont accordés à des prétendants encore non identifiés, les marques sud-coréennes font l’objet d’une polémique qui n’est pas près de se terminer.

Rétrospective

Les marques Hyundai et Kia, après un parcours initié en 1998 avec les groupes Cevital et Achaibou, sont détenues depuis 2016 par CIMA Motors et Glovis, à la faveur d’un tour de passe-passe fomenté par l’ancien ministre de l’industrie, Abdeslam Bouchouareb, en fuite et condamné par la justice dans le procès dit de l’automobile.

A l’époque de leurs arrivées sur le marché algérien, les deux marques sud-coréennes n’étaient pas du tout connues par le public algérien. Après plusieurs années de travail et d’investissements, ces deux marques ont conquis des parts de marché importantes pour devenir des références sur le marché national. Les efforts consentis par les groupes Cevital et Achaibou ont permis de créer le fonds de commerce de ces deux labels aujourd’hui très appréciés par les automobilistes algériens.

Qu’à cela ne tienne, il a fallu que l’ancien ministre de l’industrie décide en 2014 de forcer les concessionnaires automobiles, de simples importateurs et distributeurs, à devenir des constructeurs ou des industriels dans leur secteur, au bout d’un délai de trois ans, soit au 1er Janvier 2017. Cette démarche incohérente a vite été dénoncée par Abderahmane Achaibou, ce qui lui a valu de connaitre son exclusion du marché et de voir cinq de ses marques, Kia, Ford, Suzuki, Isuzu et Daewoo, confiées à de nouveaux opérateurs. La même injustice a été réservé au groupe Cevital qui a vu sa marque Hyundai tomber dans l’escarcelle de CIMA Motors.

A cette période, Sovac, Glovis et CIMA, rejoignent Renault, bénéficiaire de trois ans d’exclusivité entre 2014 et 2017, dans l’aventure de la pseudo industrie qui a eu pour conséquence la perte pour le trésor public de pas moins de 12 Milliards de Dollars. Au total, cette industrie représentée par huit marques (Renault, Dacia, Volkswagen, Seat, Skoda, Audi, Hyundai et Kia), a monté quelques 400 000 véhicules sur la période 2014-2019, avec la création d’environ 4 000 postes d’emplois.

En 2019, l’arrivée du Hirak béni a précipité la chute de l’ancien président et la disgrâce de son clan, suivi de l’arrestation de nombreux hommes d’affaires, de ministres, de Walis et de deux chefs de gouvernements. Cela a conduit à l’arrêt des usines de montage, puis à un retentissant procès dit de l’automobile qui a conduit les patrons des groupes Sovac, Cima et Glovis à des condamnations en première instance. Ce procès se poursuit encore et le verdict final est attendu pour le 27 Janvier courant.

Kia Dubai: Une démarche et des interrogations

C’est cette période de la tenue de ce procès en appel qu’à choisi le constructeur sud-coréen Kia pour rendre public un document via sa direction régionale de Dubai, laissant entendre qu’il est décidé à poursuivre son partenariat avec le groupe Gloviz. Au delà de la volonté de Glovis de représenter Kia, cela pose inévitablement certaines questions, particulièrement par rapport au moment choisi pour la publication de ce document et surtout, l’historique de la marque Kia sur le marché algérien.

En effet, curieusement, Kia ne se met-elle pas en porte-à-faux face à l’institution judiciaire nationale en affirmant sa détermination à poursuivre son aventure avec Glovis, via Aurès Passenger Car, une société récemment créée ? Cela n’est-il pas un manque de respect pour les institutions et le marché algérien ? A noter que Kia est une marque du groupe Hyundai. Ce dernier n’a pas adopté la même démarche que Kia qui fait cavalier seul.  

En comparaison, le groupe Allemand Volkswagen, un des leaders mondiaux, dont le représentant algérien a fait l’objet de mêmes démêlés avec la justice que Hassan Arbaoui le patron de Gloviz, n’a pas hésité à annoncer la rupture de son contrat avec Sovac.

Le constructeur sud-coréen Kia quant à lui, semble persister dans une voie ne reconnaissant pas l’institution judiciaire algérienne, en faisant fi de la condamnation du patron de Gloviz, prononcée en première instance. La sagesse devrait au contraire l’inciter à s’inspirer de la démarche du groupe allemand qui de son côté, fidèle à son code de conduite intègre et éthique, témoigne ainsi un profond respect à la justice algérienne, et par extension à l’ensemble des institutions nationales, ainsi qu’au marché algérien.

Abderahmane Achaibou: Une détermination sans faille!

Avenir_kia_Achaibou_01_935087921.jpg  

Pour Abderahmane Achaibou, patron du groupe éponyme auquel nous avons rendu visite, le combat continue. « Même s’il sera long et incertain, je reste déterminé car mon combat est juste et légitime. Nous avons consenti au fil de plusieurs années à promouvoir la marque Kia, au même titre que le groupe Cevital en charge de Hyundai. Nous avons réussi à créer puis à conquérir un marché non négligeable et le constructeur a toujours reconnu notre sérieux et notre engagement. Tout a basculé en 2016 lorsque l’ancien ministre de l’industrie a orienté vers d’autres opérateurs nos cinq marques en raison des positions que j’ai affirmé en 2015. Ce que j'ai dénoncé à l'époque a valu au pays le désastre économique et financier que tout le monde connait ».

Connu pour être un concessionnaire multimarque, Abderahmane Achaibou a tenu à préciser que « Chacune des marques que notre groupe avait en charge bénéficiait de son propre personnel. Nous avions plus de 1700 collaborateurs. Chaque marque avait sa propre direction et ses propres infrastructures. Nous avons consenti de lourds investissements pour répondre aux besoins de nos clients en termes de service après-vente, que ce soit sur le plan des infrastructures ou de la formation du personnel technique. Aujourd’hui encore, nous disposons d’un stock important de pièces de rechange d’origine pour chacune des marques et nos ateliers fonctionnent toujours ».

Dans la perspective de la reprise des importations de véhicules neufs par les concessionnaires, Abderahmane Achaibou, malgré de nombreuses incertitudes, reste déterminé à poursuivre son combat. « C’est une question de principe », affirme-t-il !