Marché des véhicules d’occasion : Une opportunité pour redynamiser l’activité automobile


04-01-2018

La Conjoncture actuelle marquée par l’absence d’une offre de véhicules neufs conséquente, n’est-elle pas une réelle opportunité pour réglementer le marché du véhicule d’occasion ?

 

 

 

 

 

 

Alors que le marché de l’automobile connait de fortes perturbations depuis 2014, avec les conséquences que l’on connait sur l’emploi, l’indisponibilité des produits et une hausse des prix jamais connue auparavant, les usines de montage peinent à répondre aux énormes besoins en mobilité du marché algérien. Cela est tout à fait normal en raison de la jeunesse de ces sites industriels, dont le plus ancien, en l’occurrence Renault Algérie Production, ne comptabilise que trois années d’exercices. Le démarrage de TMC et de Global Motors Industrie en 2016, puis de Sovac Production et de Kia El Djazair en 2017, préfigure une croissance du volume de la production locale pour les années à venir. Entre temps, il faudra que le marché patiente encore trois à quatre années pour que ces sites industriels atteignent des volumes qui répondraient plus ou moins à ses attentes, en espérant que la bataille du taux d’intégration soit gagnée. En attendant, le citoyen en quête d’un véhicule ne sait plus à quel saint se vouer !

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Cette pénurie du véhicule neuf oriente forcément l’attention des consommateurs vers le véhicule d’occasion. Ce marché représente en temps normal, un volume de transaction deux fois et demi plus important que celui du neuf. En considérant que le marché algérien peut aisément absorber 450 000 unités par an, sans le financement, on peut estimer le marché VO à plus d’un million de transactions par an. Les enquêtes que nous avons menés sur le terrain ont néanmoins aboutis au chiffre de 800 000 transactions/an. Ce marché des véhicules d’occasion est connu pour être très risqué pour le consommateur en raison de plusieurs paramètres. Le plus important est celui lié à la sécurité au sens large du terme. Outre une traçabilité inexistante dans la majeure partie des cas sur l’historique du véhicule, l’acheteur court le risque d’acquérir un véhicule volé, dont les documents sont falsifiés. En plus, l’usage de la pièce de contre façon est connu, particulièrement lorsque le propriétaire décide de vendre son véhicule. Il rechigne alors à investir sur la pièce d’origine pour limiter ses dépenses dans la perspective d’une vente à court terme. Ceci sans oublier de souligner qu’en général, surtout après l’arrivée à échéance du contrat de garantie, les algériens s’orientent d’une façon massive vers le petit garagiste du coin, en général une connaissance, pour entretenir ou réparer leurs voitures. Cet entretien est donc réalisé en dehors du réseau de la marque et ne réponds généralement pas aux standards du constructeur.

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Après ce bref constat, une question mérite d’être posée : La Conjoncture actuelle marquée par l’absence d’une offre de véhicules neufs conséquente, n’est-elle pas une réelle opportunité pour réglementer le marché du véhicule d’occasion ? La réponse est claire et sans équivoque. Bien sûr que oui ! 

Les raisons sont simples et largement justifiées. En premier lieu et afin d’arriver à une réelle structuration de ce marché, il est indispensable qu’un cadre juridique puisse voir le jour à travers un cahier des charges, d’ailleurs fortement attendu par l’ensemble de l’écosystème automobile. Ce document permettra aux professionnels de l’automobile de mesurer la responsabilité qui sera la leur en s’investissant dans ce marché de la reprise. L’intérêt pour l’ensemble de cet écosystème est multiple. Outre la diversification de leurs activités et l’émergence de nouvelles opportunités, il convient de souligner la possibilité de création de nouveaux emplois, car le professionnel qui exercera le métier de la reprise, sera dans l’obligation de créer un réseau dédié aux véhicules d’occasion. Ce réseau comprendra des show-rooms, des ateliers d’entretien et de réparation et des magasins de pièces de rechange d’origine. Il faudra donc créer des emplois pour faire fonctionner ces infrastructures. Pour le consommateur, il s’agira de pouvoir enfin acquérir un véhicule d’occasion dans un cadre organisé et sécurisé, avec une facture, une traçabilité sur l’historique du véhicule, un contrat de garantie d’au moins six mois, et enfin à un prix bien plus juste.

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Pour l’Etat, l’arrivée de ce métier chez les professionnels de l’automobile sera une nouvelle opportunité pour récolter de nouveaux revenus à travers les taxes qui y seront instaurées en fonction des caractéristiques techniques des véhicules d’occasion commercialisés. Dans le contexte actuel de crise économique, ces nouvelles ressources seront les bienvenues pour le trésor public. De plus, l’arrivée attendue de ce nouveau métier dans notre pays contribuera à rehausser la qualité des prestations au profit du marché grâce à des offres qui vont forcément se multiplier, et ouvrira des opportunités de croissance et de création de nouvelles richesses à même de contribuer à relancer la consommation en général et dans ce secteur stratégique de la mobilité en particulier.

Enfin, il reste incompréhensible que le marché algérien des véhicules d'occasion persiste dans l'anarchie qui le caractérise depuis toujours, en étant soumis au dictat de certaines forces occultes qui en tirent profit alors qu'ailleurs, dans d'autres pays, il est structuré, profitable et transparent.