Industrie automobile : Une vision tronquée ?


Le feuilleton algérien de l’industrie automobile nous offre quotidiennement, ou presque, de nouveaux rebondissements…



 

 

 

Après avoir été érigée comme la priorité des priorités par le gouvernement Sellal, voici que celui de Tebboune annonce via son ministre de l’industrie et des Mines, Bedda Mahjoub, que l’industrie automobile n’est plus aussi primordiale que cela. Ce revirement à 180° ne peut s’expliquer que par la subite prise de conscience des décideurs que ce projet d’industrialisation de la filière mécanique n’est pas aussi simple à mettre en place. Cette industrie mécanique ne se décrète pas et ne pourra en aucun cas être mise en place telle qu’elle a été imaginée par le gouvernement précédant.

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Lancée dans la précipitation, alors que le pays ne dispose pas d’un tissu d’équipementiers, ni des moyens financiers nécessaires, cette industrie initiée avec le mode SKD s’avère être un véritable gouffre sans fin pour le trésor public. Pour faire simple, disons que ce mode de production, qualifié de transitoire, a essentiellement pour défaut d’impacter fortement le prix final du véhicule monté localement. Cela en raison d’une réalité économique très simple à comprendre : Le véhicule a, en effet, été déjà monté une première fois, dans son pays d’origine avant d’être  démonté, mis dans des caisses et autres conteneurs, avant d’être expédié vers l’usine d’assemblage algérienne. Ces opérations représentent un coût supplémentaire, qui devra être payé par le client final, c'est-à-dire le client algérien. Ensuite, une fois réceptionné, à charge pour l’usine locale de déballer le contenu des caisses et conteneurs, pour ensuite entamer le montage à proprement parler. Outre que nous n’observons aucun transfert technologique avec ce mode de production, nous constatons que la structure du prix final est logiquement et fortement impactée. Les successives dévaluations du dinar n’ont pas arrangé les choses, d’où un prix prohibitif du véhicule monté localement.

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Mais alors que faire, ou plutôt comment faire ? A défaut de pouvoir suivre la nouvelle tendance prise par l’industrie automobile mondiale fortement marquée par une orientation vers des offres plus respectueuses de l’environnement, grâce à l’émergence de nouvelles technologies, dont l’électrique prend une part prépondérante, l’Algérie se trouve aujourd’hui obligée d’adopter une démarche industrielle qui risque de s’éteindre dans deux ou trois décennies. En effet, la technologie des moteurs thermiques risque de disparaitre à terme, du moins chez l’ensemble des grands constructeurs mondiaux. Pour l’exemple, Volvo a déjà annoncé que l’ensemble de sa gamme sera électrique dès 2019. Nous serons alors, si les projets initiés arrivent à maturation et connaissent un semblant de réussite, un des rares pays à produire des voitures polluantes.

La démarche la plus raisonnable pour construire un tissu industriel dédié à l’automobile reste sans conteste liée à encourager les investisseurs locaux ou étrangers à produire des composants et des pièces détachées pour les besoins du marché local dans un premier temps, puis pour les marchés de l’export dans une seconde phase. Cette démarche aurait pour conséquence de doter le pays d’un véritable tissu industriel, et permettra avec le temps de s’adapter aux besoins du marché mondial. Car il ne faut surtout pas perdre de vue, que l’Algérie n’est qu’une petite partie d’un marché qui tend de plus en plus à se mondialiser. Il faut donc avoir une vision lointaine et globale, puis mettre en valeur les nombreux atouts de notre pays que l’on peut résumer par sa position géographique, son marché, sa jeune population, ses compétences et ses infrastructures, si on veut vraiment attirer les grands groupes étrangers spécialisés dans la production de composants et de pièces détachées. Aussi, ce tissu industriel constitué de PMI et PME permettra à court et moyen termes aux techniciens et ingénieurs algériens, à la faveur d’un transfert technologique rapide, de maitriser le processus de fabrication de composants et autres pièces détachées. Cette période d’apprentissage sera mise à profit par l’investisseur pour répondre aux besoins du marché local avant de se lancer dans la concurrence sur les marchés de l’export à la faveur de sa capacité de production grandissante, à même de lui permettre d’aller à la conquête de nouveaux marchés. Il faut donc sortir de cette vision tronquée qui fait perdre au pays beaucoup de temps et d’argent, même si il ne faut absolument pas remettre en cause les projets déjà lancés, ce serait la meilleure des manières pour que l’Algérie perde le peu de crédibilité qui lui reste.

 


Razmjena

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